HISTOIRE
A propos de la Croix de Saint ROCH à Bibost
Les renseignements que nous avons sur cette croix proviennent du Pré inventaire des monuments et richesses artistiques intitulé Les croix du canton de  l’Arbresle, édité par le département du Rhône en 1994.   Nous avons essayé de trouver d’autres sources : aucun document  sur cette croix à la mairie de Bibost ou dans le fonds de bibliothèque de l’association  Patrimoine d’hier et de demain à Savigny, que nous avons pu consulter. Il paraît indéniable qu’elle ait un lien avec l’abbaye de Savigny encore florissante au  XIVème siècle. Aucun renseignement sur le sculpteur, ni sur le commanditaire, ni sur son emplacement initial (Bibost autrefois régi par l’abbaye de Savigny,  hameau de Saint julien sur Bibost, n’est devenu commune indépendante qu’en 1791). Il est regrettable que son environnement actuel  ne la mette pas en valeur. Le cimetière ayant été crée en  1808, on peut penser qu’elle a été déplacée et  accolée à son mur Est à cette époque là. Elle demande une observation attentive et répétée pour découvrir tous les détails de sculpture et toute sa richesse  artistique qui lui valent bien le titre d’œuvre d’art.  Nous nous sommes interrogés sur certains symboles ou représentations.  Fleur de lys ou iris sur les fleurons du croisillon? Quel Saint-Jacques : le Mineur ? Ou le Majeur ? Notre hésitation est venue du fait que Jacques le Mineur est associé à l’apôtre Philippe, dont la fête tombe le  même jour que la sienne. Son attribut est le bâton de foulon, instrument de son martyre. Mais Jacques le Mineur ne faisait pas partie des 12 apôtres. Si  les 4  saints représentés sur le dé sont des apôtres (d’après les commentaires sur cette croix dans le pré-inventaire sur les croix du canton de l’Arbresle), Il s’agirait  plutôt de Saint Jacques le Majeur (représenté avec son bourdon) dont le culte est à l’origine du pèlerinage à St Jacques de Compostelle, et qui était présent lors  de l’agonie du Christ au jardin de Gethsémani (Mt 26,37), d’où sa présence au-dessous de Jésus crucifié. Evêque ou abbé au-dessus du Christ ? La crosse est l’attribut de l’évêque dans la hiérarchie catholique. En héraldique : la crosse des abbés tournée vers  l’intérieur signifiait que ces derniers exerçaient leur autorité uniquement sur leur abbaye. La crosse des évêques tournée vers l’extérieur, signifiait qu’ils avaient  autorité sur tout l’ensemble d’un évêché. Dans le cas de la croix St Roch, la crosse est tournée vers l’extérieur mais compte tenu des rivalités qui existaient entre  l’abbaye et l’archevêché de Lyon, on peut imaginer qu’il s’agit de l’un des abbés ayant dirigé l’abbaye Saint Martin  de Savigny.  Voir paragraphe : Administration des abbayes au Moyen-Age dans contexte historique ci-dessous  Boule ou pomme dans la main de l’Enfant Jésus ?  D’après le lexique des symboles chrétiens : lorsque l’Enfant Jésus est représenté en train de tenir une  pomme, il est fait allusion à sa mission de futur Rédempteur. Quels prophètes représentés dans les courbures latérales du croisillon ? Parmi les prophètes bibliques les plus connus : Daniel, Elie, Ezéchiel, Isaïe, Jérémie.  Placés tous deux de chaque côté du croisillon,  entre la Vierge et le Christ, entre l’enfant jésus et le Christ sur la croix,  ils font le lien entre les prédictions de  l’Ancien Testament (livres des prophètes) et le nouveau Testament (vie de Jésus). Les traces de peinture apparentes dans les parties supérieures des courbures nous rappellent que jusqu’à la fin du XIIIème siècle en France, les statues, une fois sculptées, étaient peintes de couleurs vives. Enseignement religieux et témoignage d’art Cette croix a été très probablement commanditée par des ecclésiastiques aisés et instruits, issus de Savigny, soucieux d’enseigner les rudiments de la religion  catholique et d’émouvoir les fidèles. Ils ont fait appel à un véritable artiste (inconnu) qui a utilisé les  pierres des carrières de la région : pierres de Glay, pierres  de Lucenay. Datée de la première moitié du XIVème siècle, en dépit des restes de peinture sur les prophètes, rappelant les siècles qui précèdent, la profusion, et la richesse  des détails sculptés témoignent du  mouvement d’art gothique de cette fin de Moyen-âge.  Recherches historiques suscitées par l’observation de cette croix datée de la première moitié du XIVème s. La sculpture gothique, intimement liée à l’architecture gothique, s’exprime au travers de sculptures religieuses qui ornent les entrées et les portails des églises.  Etaient  principalement représentés les thèmes religieux issus de la Bible ou de la vie des saints popularisée par La légende dorée (1262) de Jacques de  Voragine. Au Moyen-Age la sculpture est essentiellement décorative. Les traditions de l’art gréco-romain se sont conservées en Provence et en Languedoc et se sont  enrichies d’autres influences : barbares, pour les ornements monstrueux et fantastiques, ou orientales, pour les emprunts aux étoffes de Byzance, de la Perse, et  les décorations de chapiteaux. Quelque soit la source d’inspiration, le sculpteur fait passer dans son œuvre le sentiment de terreur et d’effroi qui agite son âme devant les mystères de l’au-  delà. Les Ecoles de sculpture au Moyen-Age : - au XIIème siècle, avec l’Ecole du Languedoc, la statuaire s’humanise. L’Ecole clunisienne, comme l’Ecole du Languedoc s’inspire de l’art byzantin  mais se soustrait à l’hiératisme (qui concerne les choses sacrées) des arts grecques, et recourt à l’observation, à l’étude directe de la nature. - Au XIIIème siècle, l’école de sculpture la plus florissante est l’Ecole de l’Ile de France. Les œuvres des maîtres imagiers, déjà réalistes dans  l’expression des têtes, présentent une rare justesse dans les mouvements des corps et révèlent un sens dramatique très fort, reliant l’ornementation à  l’architecture. Les motifs sont puisés dans une flore plantureuse, inspirée de la réalité, ou dans une faune d’animaux réels ou fantastiques. La statuaire  du XIIIème siècle diffère de celle des églises monastiques des siècles précédents. Elle ne se borne pas aux légendes des saints, elle traduit L’Ancien et le Nouveau Testament et prend en quelque sorte un aspect encyclopédique, en rapport avec la littérature de l’époque (cf. le Spéculum Majus de Vincent  de Beauvais). - Au XIVème siècle, la sculpture produit une foule importante d’œuvres dans la décoration des églises, palais et tombeaux. Beaucoup de figures  sculptées en ronde bosse ou bas relief, au réalisme très accentué. Par les statues, les vitraux et plus tard par les peintures, l’Eglise et le clergé du  Moyen-Age veulent enseigner aux fidèles le plus grand nombre de vérités possibles. Il comprend que pour attacher les foules à ses doctrines, il faut en  matérialiser l’expression. L’ordonnance des grandes pages théologiques, morales et scientifiques de l’époque  a été réglée par le clergé. « L’art seul appartient au peintre, l’ordonnance et la disposition appartiennent aux Pères » avait décidé en 787 le Concile de Nicée. Les évêques,  héritiers des Pères, ont surveillé la décoration de leurs cathédrales, ils ont tracé eux-mêmes le programme et remis aux artistes de véritables livrets qui  devaient être leur guide. Cela remet en question la supposée indépendance d’esprit dont les artistes du Moyen-Age ont été dotés par V. Hugo ou Viollet  le Duc. Ces pieux imagiers furent de simples et modestes traducteurs des thèmes parfaitement orthodoxes qui leur étaient fournis. Ce qui est vrai pour  la sculpture l’est aussi pour l’ornementation des manuscrits et des livres d’heures. -Au XIVème siècle, l’art est européen, on note une rivalité entre l’art flamand et l’art français pour savoir lequel serait à l’origine de l’autre. Ce qui  importe c’est que tout deux ont abandonné la convention pour la réalité, en sculptant des paysages, des corps, des visages. L’art flamand et l’art  français ont interprété la nature selon leur tempérament respectif. -Au XVème siècle Ecole de Bourgogne et Ecole de la Loire avant les influences italiennes de la Renaissance.  (Dans Histoire de France illustrée-Tome premier –Des origines à 1610 – Librairie Larousse Paris) Contexte historique première moitié du XIVème siècle: Les évènements importants dans le royaume de France : La guerre de Cent ans : longue suite de batailles, de sièges et de chevauchées, interrompue plusieurs fois par des traités ou des trêves, qui commence en 1337 et se termine en 1453. (Procès de jeanne d’Arc en 1430 et 1431)  Le grand schisme d’occident 1377-1449 avec la chrétienté divisée en deux obédiences : celle du pape romain et celle du pape d’Avignon.  Le Saint-Siège à Avignon : la papauté était devenue en occident  au XIIIème siècle, une puissance religieuse, morale et politique. Nicolas II l’avait affranchie de  la protection impériale. Le pape Grégoire VII avait proclamé la supériorité du pouvoir spirituel, réformé les mœurs du clergé en rétablissant dans sa rigueur  primitive le célibat ecclésiastique, et formé le rêve d’une Europe catholique, fédérée sous la croix de Saint Pierre. Sous le pape Boniface VIII, l’affaire des  Templiers met aux prises le pape et le roi de France, et quelques années plus tard, le pape Clément V,  inquiet de l’état troublé de l’Italie, menacé dans Rome  par ses sujets, se réfugie à Avignon en 1309 sous la protection et la tutelle des rois de France. Six papes, tous français imitant l’exemple de Clément V vont  prolonger la « captivité de Babylone ». Lorsque que Grégoire XI eut rendu à Rome son ancien rang, un schisme éclata dans l’Eglise. Période critique pour le  catholicisme et l’autorité pontificale. Les rois et les princes s’efforcent de secouer de plus en plus la domination temporelle du Saint-Siège, dont la suprématie  spirituelle est contestée non seulement par les hérésies de Wyclef et jean Huss, mais entamée par les conciles eux-mêmes. Les papes en Avignon :   Clément V 1305- 1314 Urbain V  1362-1370 Jean XXII   1316 – 1334 Grégoire XI  1370-1378 Benoit XII  1334- 1342 Clément VI  1378- 1394 Clément VI   1342-1352 Benoit XIII  1394-1415 Innocent VI  1352-1362 Le procès des Templiers : sous le règne de Philippe IV le Bel et le pontificat de Clément V. En 1307 arrestation de tous les templiers. Suite au concile de Vienne  de 1311, une bulle pontificale du 3 avril 1312 supprime l’Ordre du Temple. Après sept années d’instruction partiales, Philippe IV Le Bel envoie au bûcher, Le  Grand Maître Jacques de Molay et  le « précepteur » de Normandie Geoffroy de Charnay le 18 mars 1314.  Dans notre région : La deuxième moitié du XIVème et la première du XVème sont celles de la famine, de la peste et des guerres. La peste bubonique, se développe dans la vallée  du Rhône à partir de 1347 et emporte en 3 ans environ le tiers de la population. Les différents conflits qui éclatent quelques années plus tard ne permettent pas  une reprise de la démographie.  De 1357 à 1365 le pays subit plusieurs incursions de bandes armées, comme celles des « Tards Venus » qui sortent parfois vainqueurs face aux grands  seigneurs. A partir de 1417, et pendant pus de vingt ans, Lyon fidèle au  Dauphin futur Charles VII, tente de résister aux ducs de Bourgogne, alliés des anglais  tout en essayant de se protéger des pillages des « Ecorcheurs ». La région s’enfonce dans la misère et de nombreuses abbayes comme celle de Savigny sont pillées. Le Lyonnais met du temps à se relever et il faut attendre le  milieu du XVème pour une nouvelle phase d’expansion démographique et économique. Les églises sont pour la plupart rapidement reconstruites et  réorganisées. Les rivalités s’apaisent alors peu à peu à l’échelon national mais aussi régional. On est à l’aube des temps modernes. Les deux grandes abbayes d’Ile Barbe et d’Ainay sont sécularisées au XVIème siècle, celle de Savigny décline lentement. La région subit les affres des guerres  de religion puis les destructions de la Révolution. Les documents relatifs à l’abbaye de Savigny sont nombreux et, pour la plupart conservés aux archives du Rhône. Cependant ils sont rares,  concernant l’IXème  et la première moitié du Xème siècle, une cinquantaine en tout. La plupart des pièces qui concernent les débuts de l’histoire de l’abbaye et de ses dépendances  sont  contenues dans un gros cartulaire, rédigé dans la première moitié du XIIème siècle, sur ordre de l’abbé Ponce (1111-1140). Une vingtaine de pièces y ont  été jointes plus tard. Le manuscrit original semble être perdu mais quatre copies intégrales existent encore aujourd’hui. Une étude en fut notamment faite au  XIXème siècle par Auguste Bernard. Toutefois l’authenticité de certains textes a été mise en doute et les dates qui y sont mentionnées semblent très  approximatives et seraient à rajeunir. On trouve également aux archives l’important et original : « Récit de la fondation et de l’histoire de Savigny » écrit entre  1490 et 1506, par Benoît Maillard, prieur de l’abbaye.  (Dans : Saint Martin de Savigny –mémoire d’une abbaye disparue- p. 14et 15 Publication réalisée par le musée historique de la ville de Lyon  Hôtel Gadagne). Administration des abbayes au Moyen-Age : pour qu’une abbaye puisse être constituée, la présence de douze moines était exigée. L’abbé, élu par les moines  de son abbaye, devait se faire confirmer dans les trois mois par son propre évêque, ou, s’il était exempt, par son supérieur général ou par le pape. Investi des  pouvoirs les plus étendus, il se faisait aider dans ses fonctions par des auxiliaires à sa nomination : le prieur (chargé de la discipline intérieure), le prévôt, le  doyen, le sacristain, l’aumônier, l’infirmier, le cellerier, l’hospitalier, le portier. Primitivement l’évêque, exerçait un droit de juridiction et de coercition sur les abbayes situées dans son diocèse. Il présidait à l’élection de l’abbé et pouvait,  dans certains cas l’obliger à quitter son monastère. L’expansion du domaine des monastères favorisa leur affranchissement. De là, les abbayes exemptes.  L’exemption passive conférait simplement aux abbés la juridiction sur leurs religieux alors que l’exemption active leur attribuait juridiction sur toute la population  laïque ou monacale dépendant de l’abbaye. Le bâton pastoral dont l’usage remonte presque aux origines de l’ordre monastique, ne devint qu’ultérieurement un insigne distinctif des évêques ; les abbés se  virent obliger d’y renoncer, à moins d’obtenir un privilège du Saint-Siège. L’anneau ne fut guère concédé aux abbés avant le XIIIème siècle. Le port de la mitre   se répandit surtout au XIème siècle, mais Clément IV régla en 1266 que les abbés exempts ne pourraient porter que la mitre auriphrygiée, sans perles, ni  pierres, la mitre précieuse étant réservée aux évêques, et les abbés non exempts se contentaient de la mitre blanche.  (Dans Histoire de France illustrée -tome premier- Des origines à 1610 - librairie Larousse Paris) Culte des saints et pèlerinages : le culte de la Vierge, sous le vocable de laquelle on plaçait les cathédrales était très populaire au Moyen-Age et on honorait,  aussi tout particulièrement les saints personnages dont la vie et la mort sont entourées de circonstances miraculeuses. On les considérait comme des  protecteurs, des intercesseurs. Les statues et images des saints étaient répandues avec profusion. Ces sentiments se manifestaient par le culte extérieur rendu  aux reliques et par de nombreux pèlerinages. (Dans Histoire de France illustrée -tome premier- Des origines à 1610 - librairie Larousse Paris